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Nous envisageons ici d'étudier le processus d'engagement dans une perspective délibérative prenant en compte la performativité socio-technique du support de la communication. Dans un premier temps, nous nous demanderons comment les théories de l'engagement disponibles aujourd'hui sont mobilisées pour satisfaire l'injonction collaborative et participative à l'œuvre dans la pensée communicationnelle actuelle. Dans un deuxième temps, nous questionnerons l'imaginaire d'internet et de l'usage des TIC comme participant d'une certaine performativité supposée de l'agir communicationnel. Dans un troisième temps, nous illustrerons notre propos par l'étude des dispositifs socio-techniques d'engagement des citoyens d'un quartier d'une ville moyenne française dans la diffusion de bonnes pratiques de consommation éco-responsables.
La communication des organisations, telle que développée à partir des théories des actes de langage ou de la pragmatique, est une production langagière voire discursive (Taylor et Van Every, 2000 ; Gramaccia, 2001) qui est rendue possible par l’engagement de ses interlocuteurs (Searle, 1972 ; Winograd, 1988).
Cet engagement est une des conditions de l’interaction et de la réalisation des effets perlocutoires qui permet à un acteur ou locuteur d’amener un interlocuteur à agir. Nous retrouvons cette notion dans ce que Mead (1934) appelle l’action conjointe. Pour lui, l’homme est un acteur capable de transformer sa relation au monde. Il y a deux formes d’interaction sociale : l’interaction non symbolique et symbolique. Dans l’action conjointe, l’interaction symbolique prévaut car les différents acteurs de l’interaction interprètent les gestes et actes de l’autre de façon symbolique. Elle implique l'interprétation des actions de l'autre et les indications sur la façon dont l’autre personne doit agir (Mead, 1934). Nous parlons donc d’action conjointe, ou d’engagement de la part de chacun des interlocuteurs pour comprendre et interpréter les actes d’autrui. L’action conjointe est une forme collective de l’action, où les participants adaptent leurs propres actes à ceux en cours et guident ainsi l’autre dans sa manière de (ré)agir (Mead,1934).
Ainsi, l’action peut être une adaptation à la nature de la relation entre acteurs. Mais la théorie des actes de langage ne nous informe pas sur la façon dont se développe et se maintient la relation. Cela nous semble pourtant essentiel pour comprendre la formation de l’effet perlocutoire. Car si la force illocutoire et la performativité sont des concepts qui ont été largement repris, les modalités de l’engagement qui en permettent la portée heuristique méritent encore d’être développées.