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Ceri Morgan : Keele University
Malgré le fait qu'elle reçoive peu d'attention de la part des critiques, Josée Yvon reste l'un de plus importants personnages du féminisme et de la contre-culture du Québec. Les rares critiques québécois qui ont commenté son œuvre l'ont trop souvent considérée comme simple reflet de la vie mouvementée de l'écrivaine. En fait, l'écriture d'Yvon témoigne d'une vision beaucoup plus sophistiquée. Collaboratrice pour la revue Mainmise, où elle offrait des critiques de la littérature états-unienne, Yvon démontre l'influence des tendances culturelles internationales sur son oeuvre, tout en gardant un lien très proche avec le Québec et, surtout, sa ville natale.
Son roman Danseuses-Mamelouk s'inspire de Carnival Strippers de Susan Meiselas, série de photographies d'effeuilleuses qui travaillaient dans des carnavals de petites villes aux États-Unis. Yvon transforme ces femmes en guerrières montréalaises, rendant le lien avec la ville à travers des photos du Red Light, des références aux endroits spécifiques tels que la rue Sainte-Catherine et l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu, et par l'emploi de joual. L'utilisation de ce dernier dans la littérature québécoise est surtout identifiée en tant que stratégie masculine. Sa reprise par Yvon assure que la violence symbolique de cette langue populaire assume une dimension sexuée, tout en nous rappelant que l'identité n'est pas seulement définie par le genre sexuel mais aussi par la classe sociale et la vie communautaire.
Josée Yvon (1950-1994) est une des voix les plus singulières de la littérature québécoise. Interrompue de façon prématurée par son décès des suites du sida, son œuvre s’inscrit à la fois dans la contre-culture et le féminisme. À mi-chemin entre la poésie et le récit, et mettant en scène des personnages marginaux (lesbiennes, transexuels, danseuses), son écriture interroge les marges du genre sexuel et du genre littéraire, donnant la parole à des personnages féminins comme on en retrouve très peu dans la littérature américaine francophone.
Les enjeux qu’elle soulève, bien qu’ils s’inscrivent dans un contexte historique et politique précis, possèdent une actualité bien réelle. Les récentes théories sur le queer, le kitsch, l’américanité, l’hétérogénéité, le plurilinguisme, l’intermédialité et le performatif permettent de jeter un éclairage nouveau sur l’œuvre de Josée Yvon. Des titres comme Filles-commandos bandées, Travesties-kamikazes ou Maîtresses-Cherokees font figure de pionniers par rapport à ces questionnements qui habitent la critique et la création littéraires depuis quelques années.
Les livres de Josée Yvon placent le lecteur dans une position d’inconfort. Son écriture est inhospitalière, profondément dérangeante. Ce trouble, qu’on aurait tort de réduire à une simple volonté de provocation héritée du rock ou du mouvement hippie, constitue la charge à l’œuvre chez cette écrivaine que plusieurs apprécient sans oser l’avouer haut et fort. L’écriture cruelle de Josée Yvon est une des rares qui bousculent véritablement ceux et celles qui en font la lecture. Personne ne saurait être chez soi dans son œuvre. Nous y sommes, comme l’écrivait Jean Royer, dans « un monde qui meurt du poids de sa tendresse ». Ces fortes tensions, constitutives de l’écriture de Josée Yvon, en font une œuvre puissante, qu’il importe de considérer à sa juste valeur.
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