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Renaud Hourcade : Sciences Po Rennes
La mémoire de l'esclavage a fait l'objet d'un long refoulement, tant dans les sociétés nées de cette pratique que dans celles qui en ont tiré profit. Cela a conduit à écarter durablement cette période de la plupart des récits publics sur le passé, à l'échelle locale comme nationale. Les ports négriers européens (comme Nantes, Bordeaux, Liverpool...) ont été particulièrement concernés par un telle occultation, jusqu'à une période récente. Bien que rares, les traces physiques du passé (immeubles, évocations architecturales, toponymie) ne sont pas inexistantes dans ces villes. Elles ont souvent servis de support à une transmission de la mémoire, dans les interstices d'une politique officielle plutôt tournée vers l'oubli. Avec les années 1990 sont apparus des mouvements revendicatifs plus virulents, qui ont favorisé une réorientation des politiques de mémoire. S'est alors posée la question des représentations légitimes du passé, dans les musées, ou à travers des mémoriaux urbains. Comment mobiliser les archives ? Comment représenter un passé pour lequel les objets sont rares ? Les choix de représentation du passé ont été, dans ces villes, des choix politiques profondément influencés par des luttes identitaires et des objectifs politiques. Cette communication propose d'analyser le rôle des rapports de force locaux, mais aussi des idéologies nationales en matières d'identités légitimes, dans la construction des dispositifs publics de représentation du passé.
Depuis les années 1980-1990, s’observe un tournant quant à l’institutionnalisation des mémoires du passé énoncées au présent. Bien que les dispositifs visant la restitution mémorielle et la reconnaissance d'injustices historiques varient, il est courant d'observer les processus d’éclaircissement de la vérité ou les politiques de réparation des torts subis faire directement appel aux témoignages publics des survivants, de leurs proches ou de leurs descendants. Ces processus et ces politiques mobilisent alors différentes traces mnémoniques afin de faire parler des récits qui ont le plus souvent été « invisibilisés » par l’histoire nationale officielle. Or ces mémoires entrent parfois en conflit avec les trames fondatrices de l'État ou encore, certains symboles publics institués; c’est pourquoi le travail d’interprétation des supports matériels de mémoire et le processus de traduction de ces représentations méritent une attention particulière. Par exemple, le fait que les traces puissent avoir une durée de vie qui excède celle des survivants, et que les souvenirs puissent être limités, parcellaires, voire indicibles, nous amènent à nous interroger sur le type d’archives qui sont privilégiées dans les contextes politiques de commémoration, de réconciliation et de justice historique afin de « faire mémoire ». Est-il possible de tisser des liens entre la disponibilité des traces à analyser et à commémorer et les stratégies de production de contre-histoires mises de l’avant par les sujets de justice? Dans quelle mesure la matérialité de ces contre-histoires intervient-elle à son tour dans le processus de légitimation de certaines manières « alternatives » d’interpréter les passés de violence ou d’abus? C’est dans cette perspective de réflexions théoriques que ce colloque vise à explorer divers mécanismes performatifs et dispositifs matériels impliquant le travail de représentations des mémoires des injustices passées dans une variété de contextes et de textes.
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