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Marcel Sylvestre : Cégep de Lanaudière
L'affaire Laurendeau se situe au début de 20e siècle dans la très catholique province de Québec. Elle va naître suite à une conférence donnée en mars 1907 devant les membres de l'Association médico-chirurgicale du district de Joliette. Six ans plus tard, le premier évêque de Joliette, Mgr Joseph-Alfred Archambault, condamnera publiquement le livre La vie – Considérations biologiques que le Dr Laurendeau avait publié en 1911, à compte d'auteur. En promouvant l'idée que le cosmos, la vie et l'homme sont le produit d'une longue évolution de la matière, en soutenant ardemment le transformisme de Larmarck et le Darwinisme, Laurendeau remettait en question la vérité du récit biblique, qu'il s'agisse de la création de l'Univers, de l'apparition de la vie ou de l'origine de l'humanité par l'histoire d'Adam et Ève. Ceux qui par le passé avaient eu l'audace de contester les croyances de la sainte Église se sont vus interpellés et sommés de se rétracter. Laurendeau ne fera pas exception à cette règle. Son histoire constitue une répétition de l'humiliation qu'a dû traverser Galilée mais également tout savant ou individu, membre du clergé ou pas, qui osait mettre en doute la doctrine de l'Église. Laurendeau sera dénoncé à Mgr Archambault pour quil'évolution trahissait le désir orgueilleux de l'esprit humain de vouloir expliquer, sans l'intervention de Dieu, le monde physique, le monde moral, le monde social et le monde religieux.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.
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