Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Aline Henninger
Lors de mon travail de doctorat portant sur la socialisation de genre à l’école élémentaire au Japon et qui a nécessité un travail de terrain de 5 mois dans quatre écoles (à Tôkyô, Saitama et Yamagata), mon objectif était de comprendre comment les représentations genrées, androcentrées et hétéronormées se produisent, et par quels processus les enfants les intériorisent. Dans ce cadre, je me suis intéressée aux moments où ces derniers sont confrontés pour la première fois à la sexualité (non génitale).
Je souhaiterais montrer, dans cette communication, quelles sont les difficultés que rencontre un chercheur qui travaille sur la sexualité juvénile, notamment pour la préparation des entretiens avec des enfants âgés de 10 à 12 ans. Comment et jusqu’à quel point est-il possible d’aborder les sujets liés à la sexualité lors d’une enquête de terrain située à l’école ? Je montrerai notamment pourquoi je n’ai pas voulu mener d’entretiens ou de questionnaires approfondis sur la sexualité car j’estimais qu’aborder ce sujet directement avec les enfants aurait pu être mal considéré, comme en témoigne l’attitude des enseignants fréquentés qui s’en tiennent à ignorer délibérément le sujet. Par ailleurs, mes observations de terrain ont permis de mettre en lumière plusieurs éléments, à commencer par l’intérêt évident des enfants de cinquième ou sixième année pour la sexualité, à savoir les rapports sexuels et la masturbation.
Ces difficultés lors de l’enquête ont été accentuées par le manque de source sur la sexualité (non génitale) : la plupart des enquêtes japonaises, françaises et américaines, y compris celles qui se focalisent sur l’initiation sexuelle des jeunes, n’abordent pas avec précision la question de la construction des représentations de la sexualité chez les enfants. La plupart de ces enquêtes se focalisent sur les lycées et étudiants, en se basant sur l’âge moyen du premier rapport sexuel.
Ce colloque vise à ouvrir un espace d’échange parmi les chercheurs en sciences sociales francophones travaillant sur les questions de sexualité. L’objectif est de discuter à la fois des conditions sociales de la production des savoirs et des manières de faire la recherche sur le sujet.
Les recherches sur les enjeux sexuels ont désormais acquis un statut légitime au sein des disciplines de sciences sociales. Si l’épidémie de VIH/sida a constitué un levier important pour le financement et le développement de ces travaux dans les années 1980 et 1990, les thématiques et les intérêts sont aujourd’hui très diversifiés : conjugalité, violences, santé-prévention, pornographie, rencontres en ligne, travail du sexe, etc. Cette diversification se traduit également par un morcellement du domaine, peu propice à des réflexions théoriques transversales.
Durant ce colloque, nous proposons d’effectuer un pas de côté relativement aux objets de recherche pour mieux saisir les logiques de la production des savoirs autour de la sexualité. Les différentes sessions aborderont donc ces dimensions épistémologiques et méthodologiques. Ancré dans les contextes francophones, le colloque permettra de s’interroger sur les circulations intellectuelles au sein de différents contextes nationaux. On s’intéressera également à la pratique de la recherche à travers les questionnements autour de la subjectivité du chercheur et des enjeux éthiques, mais aussi des innovations méthodologiques. Enfin, une attention particulière sera portée aux disciplines de la sexualité : anthropologie, criminologie, histoire, sciences politiques, sexologie, sociologie, travail social, etc. En d’autres termes, on abordera la manière dont les sciences sociales produisent du savoir sur le sujet, en particulier dans des environnements scientifiques ou des projets pluridisciplinaires.
Titre du colloque :