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Les sciences impliquées entre objectivité épistémique et impartialité engagée

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Donato Bergandi : Muséum national d'histoire naturelle

Résumé de la communication

Quel est le rôle des sciences et des scientifiques dans des sociétés où, tout en étant formellement démocratiques, une multitude d’indices convergents configurent la gestion de la res publica par une caste oligarchique politico-économique ? Cette caste, plutôt encline à gérer les ressources environnementales sur la base d’intérêts particuliers ne tient compte ni du bien commun ni des équilibres biosphériques. Dans un tel contexte, le rôle des sciences et des scientifiques est crucial dans des questions et par rapport à des objets de recherche à l’interface entre science et société et qui génèrent des controverses socio-scientifiques. Ces questions et objets de recherche nécessitent des cadres épistémiques et épistémologiques spécifiques en rupture avec la vulgata épistémologique traditionnelle. Ainsi, il n’est plus possible d’aborder des questions et des objets de recherche propres aux « sciences impliquées » sur la base du paradigme dominant, et qui fait de l’objectivisme réaliste d’origine positiviste et néopositiviste l’idéal scientifique auquel tous les chercheurs se doivent d’adhérer. Ce qui signifie que des sciences dont les thématiques abordées ne sont pas exclusivement scientifiques, mais également économiques, politiques, éthiques et plus largement socioculturelles, inévitablement génèrent des controverses socio-scientifiques. Ces controverses ne peuvent, en aucun cas, être solutionnées en se limitant à l’expérience scientifique ou aux « faits ». Emblématique dans ce sens est le développement d’un certain nombre de disciplines contemporaines telles que la biologie moléculaire, le génie génétique, la biologie de synthèse, l’écologie, l’ingénierie écologique, les sciences du climat et leurs enjeux multiples. A la recherche des multiples enjeux sous-jacents aux relations risquées et critiques existantes entre l’objectivité, l’impartialité et l’engagement dans le cas des sciences impliquées et des questions scientifiques socialement vives, il est proposé le concept et la posture déontologique de l’« impartialité engagée ». Une telle posture serait capable de garantir un juste équilibre entre l’idéal de l’objectivité scientifique – le scientifique qui l’adopterait essayera de ne pas se faire guider par ses préférences et préjudices dans la sélection des données théoriques et factuelles – et l’engagement ethico-politique du chercheur qui, d’une part considère que la dichotomie faits/valeurs n’est pas réalisable dans son spécifique domaine de compétence et que, d’autre part, en étant conscient de son engagement (scientifique, moral, politique), il exprime publiquement ses jugements de valeurs dans un cadre d’expertise ou en participant au débat public.

Résumé du colloque

Dans le régime contemporain de production des savoirs, le modèle dominant (positiviste réaliste) de la science la présente comme l’étude objective de la réalité. Selon ce modèle, l’utilisation de la méthode scientifique garantit que ni les personnes ni les contextes n’influencent les résultats, ce qui rend ces derniers généralisables et universels. La neutralité du processus de recherche et des chercheurs est nécessaire pour garantir la scientificité — et donc la vérité — d’une connaissance. Bien que dominante dans la plupart des sciences, cette vision est vivement contestée par les études sociales des sciences ou l’histoire des sciences, mais aussi par les études féministes et postcoloniales. Ces critiques de l’idéal positiviste de la science neutre estiment plutôt que les faits et les théories scientifiques sont construits et influencés par le contexte social, culturel ou politique dans lequel travaillent les scientifiques ainsi que par les conditions matérielles de leur travail. La reconnaissance de l’ancrage social de la science rend impensable l’idée même de neutralité ou de point de vue hors de tout point de vue.

Bien qu’il soit ancien, ce débat nous semble toujours d’actualité et très éclairant pour comprendre plusieurs controverses et débats publics. Nous proposons quatre axes de réflexion : épistémologique, politique, éthique et sociétal. Le premier posera la question de la neutralité dans le travail cognitif de fabrication des connaissances. Le second discutera de l’injonction de neutralité faite aux chercheurs dont les travaux touchent à des enjeux politiques majeurs qui les invitent à prendre parti. L’axe éthique traitera de l’idée que « la doctrine de la neutralité sert avant tout à la science à s’exonérer de toute responsabilité face à ses effets » (Toulouse, 2001). L’axe sociétal abordera l’influence des rapports sociaux et des idéologies économiques sur le développement des sciences, des objets de recherche et des politiques scientifiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 10 mai 2017

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