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Du troupeau au gibier : faire coexister différentes moralités autour de la mise à mort d'animaux domestiques et sauvages en Mongolie

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Bernard Charlier : Fond national de la recherche scientifique-Université catholique de Louvain-la-Neuve (Belgique)

Résumé de la communication

Ma communication propose d’analyser différentes attitudes et discours moraux a priori contradictoires actualisés autour de la mise à mort d’animaux domestiques et sauvages parmi des éleveurs nomades de Mongolie. La mise à mort d’un animal domestique (mouton, chèvre, cheval, vache), contrairement à celle d’un animal sauvage (loup, sanglier, bouquetin, mouflon, marmotte), est toujours empreinte de sobriété. Elle se déroule discrètement à l’écart de la yourte en l’absence des femmes. Le silence et surtout l’absence de rires sont de mise. Pour les éleveurs, selon les fragments d’une idéologie bouddhiste en vigueur, la mise à mort d’un animal domestique est associée aux idées de pollution (buzar) et de péché (nügel). Il est important à travers la technique de mise à mort employée que l’animal ne souffre pas trop. Les éleveurs récitent silencieusement une prière pour que son esprit (süns) se réincarne correctement et ne devienne pas un esprit errant malveillant. De manière contrastée, la mise à mort d’un animal sauvage, et plus particulièrement d’un loup, fait l’objet d’une grande joie. L’animal abattu est exhibé, sa peau pendue sur un mur de la yourte ou fixée sur le capot d’une voiture. A travers les différentes attitudes manifestées envers la mise à mort des animaux domestiques et sauvages, j’aimerais analyser la coexistence de différents types de moralité liés à ces actions et aux personnes qui les effectuent.

Résumé du colloque

La mort ou la disparition des animaux soulève aujourd’hui des enjeux éthiques, juridiques, politiques, sanitaires, affectifs et économiques cruciaux. Conditions d’abattage des animaux d’élevage, dénonciation de la surpêche, introduction de la notion de sensibilité animale dans les textes juridiques, émotion suscitée par le « meurtre » d’un rhinocéros du zoo de Beauval en France afin de dérober sa corne… il ne se passe pas un jour sans que s’impose dans le débat public et les médias l’idée que nous serions confrontés à un véritable « problème animal ». L’une des raisons des sensibilités actuelles à la condition animale est certainement le caractère inédit et parfois irréversible des pressions que les sociétés contemporaines, industrialisées, urbanisées, globalisées et technicisées font peser sur le vivant. Ce colloque entend explorer la multiplicité et les transformations des morts animales dans les sociétés d’aujourd’hui. En partant de diverses catégories d’animaux (de rente, de ferme, d’assistance, de compagnie, de spectacle, d’expérimentation, de refuge, de zoo, sauvages, « nuisibles » ou « indésirables », etc.), il s’agira d’examiner la confrontation avec différents types et contextes de mort des animaux.

Ce colloque, qui réunira chercheurs et étudiants, a pour objectif de présenter les formes de la mort animale telles qu’envisagées et pratiquées dans divers contextes culturels, selon des imaginaires et traditions (religion et ritualité, pratiques économiques et écologiques, etc.) variés, parmi lesquels figurent la chasse ou le sacrifice (De Heusch, 1986; Cartry, 1987; Bonte et al., 1999; Givre, 2015). Il sera l’occasion d’aborder les diverses modalités de la « fin des bêtes » (Rémy, 2009) que sont l’euthanasie, l’abattage, l’expérimentation, l’élimination sanitaire, etc., ou encore l’ensemble des contextes sociaux (et historiques) des morts animales (guerres, combats, jeux, etc.), ainsi que les représentations, usages et conflits dont elles font fréquemment l’objet.

Contexte

section icon Thème du congrès 2018 (86e édition) :
Célébrer la pensée libre
section icon Date : 8 mai 2018

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