Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Josefina Schenke : Universidad Adolfo Ibáñez
En Amérique hispanique, les dévotions et les images pieuses de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, ainsi que leurs rapports à la politique ecclésiastique et aux mouvements sociaux laïcs, ont étés peu étudiés. L’historiographie a souvent ignoré l’influence de nouveaux mouvements chrétiens -arrivés depuis l’Europe au XIXe- sur la culture visuelle, la sensibilité dévotionnelle et la création d’espaces religieux innovateurs.
Cette communication fait partie d’une recherche en cours autour de la rénovation ecclésiastique chilienne lors de l’arrivée dans le pays de nouveaux ordres religieux d’origines française, entre 1837 et 1908. L’église des Sacramentinos, bâtie au Chili entre 1919 et 1931, représente la culmination d’un processus de changement, où des espaces architecturaux nouveaux incarnent des nouvelles dévotions et des sensibilités religieuses qui vont changer l’Église au Chili et les communautés laïques.
Nous proposons d’étudier, à partir des sources documentaires, les rapports entre l’arrivée de l’ordre du Saint-Sacrement au Chili (en espagnol, « Sacramentinos ») et la construction du temple du même nom. Nous porterons un intérêt particulier aux motivations de la commande du temple et du modèle choisi ; au changement de l’espace urbain de la ville après la construction de cet édifice aux proportions monumentales ; et aussi aux difficultés qu’a rencontrées le financement du temple et qui expliquent l’échec final du projet.
En analysant le religieux au prisme des espaces, les sciences humaines et sociales ont rendu compte de nombreuses dynamiques et de leurs évolutions, comme la territorialisation des communautés et de leur implantation, la géopolitique des religions, ou encore la symbolique des rapports aux espaces de déploiement des religions (Hervieu-Léger, 1999). Notion centrale en géographie, l’espace a fait plus récemment l’objet d’une réflexion et d’une théorisation dans les autres disciplines scientifiques, ouvrant à des dialogues herméneutiques, théoriques et méthodologiques féconds (p. ex., Löw, 2015). Aussi, depuis les années 1990, dans le champ des sciences sociales des religions, un renouvellement des approches et des objets a-t-il pu être observé. Si l’ancrage territorial reste présent (p. ex., enjeu de construction de lieux de cultes, lieux de pèlerinages, mémoire et patrimonialisation), son étude a pu changer d’échelle et voir ses frontières explorées (p. ex., religion vécue et ordinaire, liens avec la communauté nationale, effets des transnationalisations sur les communautés religieuses, frontières espace public/espace privé). Les espaces sont également analysés dans leurs dimensions relationnelles ou culturelles (p. ex., espaces religieux genrés, espaces culturels, vie intérieure/extériorité). L’émergence du numérique (Digital Religion…) interpelle quant aux rapports aux lieux et aux espaces.
Aussi, ce colloque propose-t-il d’étudier les espaces du religieux. Ouvert aux différents champs disciplinaires, il prendra en compte aussi bien les espaces traditionnels des religions (les communautés et leurs développements, les espaces de production doctrinaux), que les espaces négociés par les religions (relations entre religions et espace public par exemple) ou les nouveaux espaces du religieux (sphère numérique).
Références :
Hervieu-Léger, D. 1999. La religion en mouvement : le pèlerin et le converti. Paris, Flammarion.
Löw, M. 2015. Sociologie de l’espace. Paris, MSH.
Titre du colloque :
Thème du colloque :