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Denise Celentano : Université de Montréal
L’innovation technologique n’a pas une valence exclusivement économique, elle impacte la qualité du travail et la qualité de la vie des personnes impliquées. Néanmoins, le processus d’automatisation des tâches aujourd’hui suit principalement des raisons de maximisation de profit. Peu de place est laissé à des raisons alternatives (et potentiellement complémentaires). Je propose des considérations normatives pour guider les choix d’automatisation par rapport au « meaningful work » , en prenant en considération le cas spécifique des « nurse bots ». Premièrement, j’identifie des « qualités contributives primaires » qui devraient offrir un critère pour identifier les caractéristiques désirables du travail pouvant guider les choix d’automatisation. Deuxièmement, j’identifie des qualités désirables de la relation de soin par rapport aux bénéfices apportés aux personnes soignées, guidant elles aussi les choix d’automatisation prioritaire.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?