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Elena Pont : Université de Genève
L’inclusion scolaire vise à ce que les élèves à besoins éducatifs particuliers (BEP) puissent fréquenter la classe ordinaire moyennant des mesures bénéficiant à tous-tes les élèves. La littérature est abondante au sujet de ces aménagements et de l’adaptation des enseignant-es à une pédagogie inclusive (par exemple, Ebersold et al., 2021). Cependant, la recherche s’est peu intéressée aux effets des systèmes de discriminations sur les gestes enseignants inclusifs. Dans une enquête par observations non participantes menée actuellement au primaire à Genève, nous cherchons à savoir dans quelle mesure les systèmes combinés de genre et de handicap (Thomas, 2006) laissent une empreinte sur les gestes et discours enseignant-es lorsque ceux-ci sont dirigés vers les filles BEP, distinctement des garçons BEP. Sachant que le rapport au savoir est socio-sexué (Mosconi, 2003), nous examinons l’influence de ces gestes et discours sur les apprentissages des filles BEP et des garçons BEP en cours d’activité. L’objectif de notre communication est de présenter nos premiers résultats. D’ores et déjà, les entretiens préparatoires avec les intervenant-es en classe inclusive montrent leur évaluation de ce que pourrait être un terrain d’observation « suffisamment inclusif » pour nous, la chercheuse. Ce questionnement signale des représentations relativement normatives sur la pertinence de l’inclusion pour seules certaines catégories d’incapacités, estimées plus sévères que d’autres.
Dans le cadre du congrès de l’Acfas, la revue Genre Éducation Formation et le GT13 « Éducation et diversité » de l’AISLF, associé au RIED (Réseau international éducation et diversité), organisent un colloque transatlantique, qui propose de traiter la question du genre en éducation.
« On ne naît pas femme, on le devient » : l’importance de la question du genre en éducation est au cœur de la citation féministe la plus célèbre du monde francophone. À partir du moment où il est affirmé qu’aucune nature, qu’aucune biologie, qu’aucun destin préécrit ne permet d’expliquer (et de justifier) le monde social, à l’instant où on admet que « l’intervention d’autrui dans la vie de l’enfant est presque originelle et que dès ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée » (de Beauvoir, 1949, p. 286), alors la question du genre en éducation et en formation devient centrale pour comprendre l’organisation sexuée de la société.
Comme l’ont souligné les auteures féministes des années 1970-1980, la sociologie française de l’éducation des années 1960-1970 s’est essentiellement préoccupée des inégalités de classes, reportant la « variable sexe » à un niveau secondaire. Après le texte pionnier de Liliane Kandel (1975), qui pointait le fait que le système éducatif français – malgré les principes d’égalité qui l’animent – discrimine les filles et les femmes, des ouvrages fondateurs de ce champ paraissent dans les années 1990. Nicole Mosconi (1989) interroge les effets de la mixité scolaire et crée peu à peu le concept de « rapport sociosexué au savoir » : si tous les individus ont le droit d’acquérir tous les types de savoirs, dans les faits, certains savoirs sont considérés comme tabous ou infamants, naturels ou transgressifs selon sa classe sociale et sa catégorie de sexe. De son côté, Marie Duru-Bellat (1990) rend compte de la façon dont l’école prépare les filles et les garçons à des rôles sociaux distincts. In fine, que l’on parle de didactique ou de pédagogie, qu’on l’aborde de manière transversale ou disciplinaire, qu’il s’agisse d’éducation des enfants ou de formation des adultes, que l’on se situe dans des institutions de formation ou dans des contextes non formels, il s’agit toujours de venir à bout de la hiérarchie inhérente au genre, soit en formant les individus de manière égalitaire, soit en débarrassant l’éducation des inégalités qui la traversent.
Nous vous proposons quatre thématiques :
Ce colloque est ouvert aux chercheur·ses de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales en lien avec l’éducation. Dans le but d’avoir un dialogue transatlantique, nous nous efforçons d’équilibrer les pays communicants. La jeune recherche est bienvenue.
Titre du colloque :