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Audrey Canalès : Université de Sherbrooke
Depuis quelques années, les codes linguistiques queer se répandent dans le grand public. À l’origine de ces apports, des émissions comme RuPaul’s Drag Race (2009 —), qui dispose depuis 2022 d’une adaptation française et d’une adaptation belge. Les participant. e.s y bousculent les frontières du genre, dans son expression performative et linguistique. Leur influence rencontre encore pourtant peu d’écho dans la recherche francophone (Greco 2014).
Dans cette présentation, les versions françaises (sous-titrage et adaptation) des parlers queer employés dans un corpus tiré d’une sélection d’épisodes de RuPaul’s Drag Race (RuPaul 2009 —). Je commence par remonter aux sources des expressions linguistiques du drag, puis je ferai une analyse comparative des versions françaises du langage soigneusement crypté du corpus. J’examinerai le rôle des traductions françaises : rendre visibles des parlers historiquement cachés (Leap 2018) et les traduire consiste en un double acte de « magie sociale » qui fait surgir des strates d’« impensé » (Bourdieu 1982) culturels. Je m’appuierai sur la pensée complexe pour montrer comment ces réalités linguistiques, loin d’être uniformes, sont chargées d’idéologies et comment leur traduction change au fil de dialogues intranquilles avec le public, à la croisée d’une nécessaire reconnaissance dont le revers est l’importation de termes qui effacent des parlers existants.
Ce colloque aborde les enjeux sociaux liés aux pratiques langagières dans les formats médiatiques oraux associés au divertissement et les relations complexes entre ces derniers et les publics auxquels ils s’adressent. Si la langue de l’information est relativement bien étudiée sous l’angle d’une norme endogène dans des régions de la francophonie telles que le Québec, on ne peut pas en dire autant des formats médiatiques oraux associés au divertissement, qui se caractérisent par une plus grande diversité de pratiques langagières.
D’un côté, on y observe des productions où le poids de la norme prescriptive, souvent associée au français des Parisiens cultivés, continue à se faire sentir. C’est notamment le cas des films doublés où des productions dans un français « normatif » (terme employé par le milieu) sont encore la règle, et ceci dans plusieurs régions de la francophonie, tout en faisant réagir certaines personnes qui souhaitent reconnaître leur propre culture dans ces produits. De l’autre côté, certaines productions semblent laisser libre cours aux pratiques non standardisées, par exemple les émissions de téléréalité, provoquant également des réactions négatives. Ainsi, les pratiques langagières des candidat·e·s de la téléréalité québécoise Occupation double qui s’écartent de la norme prescriptive sont l’objet de vifs discours épilinguistiques dans la sphère médiatique et entraînent chez ces personnes un sentiment de honte, voire d’insécurité linguistique. Quels que soient les choix langagiers des équipes de production, ceux-ci ne sont pas sans conséquences sociales : le choix du français « normatif » suggère que les autres variétés de français n’ont pas leur place dans la sphère médiatique; le recours à un français socialement ou géographiquement plus marqué attire la critique de certains auditoires.
Titre du colloque :