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Sébastien Shulz : Université de technologie de Compiègne
La théorie des communs explique comment des commoneurs s'auto-organisent pour gérer de manière durable des ressources partagées, en dehors des cadres institutionnels du marché et de l'État. Toutefois, cette théorie n'intègre pas assez les stratégies qu’ils déploient pour se prémunir contre les menaces du capitalisme, et pour se développer en transformant l’État à leur avantage. À partir des travaux du sociologue E. O. Wright, cet article défend l'hypothèse selon laquelle ces stratégies politiques sont cruciales pour expliquer la soutenabilité des communs dans le temps. Leur intégration dans la théorie des communs enrichirait non seulement la compréhension scientifique des facteurs assurant la pérennité des communs, mais fournirait également des outils tactiques essentiels pour le mouvement qui cherche à promouvoir les communs comme un modèle structurant de notre société. Pour tester cette hypothèse, je m’appuie sur l’analyse d’un corpus de 10 observations d’évènements et 17 entretiens menés dans le cadre de ma recherche doctorale portant sur le mouvement des communs numériques en France. Je commencerai par faire une revue de littérature pour montrer les avancées et les limites de la théorie ostromienne des communs ainsi que les tentatives menées pour y intégrer les perspectives stratégiques. J’exposerai le cadre analytique pour enrichir la revue de littérature. Je présenterai enfin les résultats de ma recherche avant de discuter les perspectives que cela ouvre en conclusion.
« Les communs sont partout ! » observaient déjà plusieurs auteurs et autrices au tournant du 21ᵉ siècle (Dardot et Laval, 2014; Federici, 2019). Le constat de l’utilisation du terme « communs » dans divers contextes, allant de la guerre de l’eau à Cochabamba, en Bolivie, au mouvement altermondialiste, ainsi qu’aux occupations de places comme à Wall Street et Ghezi à Istanbul, a suscité l’intérêt de la recherche pour ce thème. Il y a déjà plus d’une décennie, George Caffentzis (2012) recensait des milliers de publications sur les communs, une littérature qui n’a fait qu’augmenter depuis. Parmi ces travaux, nous retrouvons différentes compréhensions et définitions des communs, qui se revendiquent de traditions théoriques fort distinctes, menant parfois à des analyses contradictoires du même phénomène. De plus, différents organismes font usage du terme dans des contextes qui en déforment passablement le sens, comme lorsque la Banque mondiale expulse des peuples traditionnels de leurs territoires au nom du « patrimoine commun de l’humanité » (Federici, 2019). Dans ce contexte, il devient pressant de prendre la mesure de ces enjeux et de cartographier les différentes approches des communs pour tenter d’y voir plus clair, notamment par rapport à certaines thématiques que ce colloque entend prioriser.
Selon la définition proposée par le Collectif de recherche sur les initiatives, transformations et institutions des communs (CRITIC), qui organise ce colloque, les communs sont des ensembles de pratiques sociales ancrés dans des collectivités autodéterminées et des formes de communalisation. Ils répondent à différents besoins et aspirations au moyen de valeurs de partage, de soin, de participation, d’inclusion, de soutenabilité et de convivialité. Promouvant le droit d’usage et le devoir de responsabilité, les communs préfigurent une alternative à la propriété privée et constituent un processus d’apprentissage collectif. Cette définition affiche une volonté explicite de situer les communs dans un contexte sociohistorique, politique et économique plus large pour comprendre leurs dynamiques relationnelles avec les systèmes économiques et les normativités politiques, sociales et culturelles dans lesquelles ils s’insèrent.
En présence de Pierre Dardot et Christian Laval, invités d’honneur du colloque, nous vous proposons d’explorer les communs par le truchement de six axes dans deux conférences de nos invités d’honneur et vingt-cinq présentations universitaires ou terrains :
À ces interventions s’ajoutera une visite hors site à l’Atelier Mauril-Bélanger, où se dérouleront nos activités de réseautage de fin de journée.
Coresponsables : Yann Pezzini, Ambre Fournier et Jonathan Veillette
Titre du colloque :
Thème du colloque :